Rencontre avec Antonio Aguilella Asensi, responsable de StreetLib Espagne

Nous vous parlions déjà ici du phénomène en pleine mutation de l’autoédition, alors que de nouvelles plateformes ne cessent de fleurir pour proposer aux autoéditeurs des outils adaptés à leurs besoins. Dans le cadre de Readmagine, un cycle de conférences entièrement consacrées aux innovations de la lecture numérique qui se tenait à Madrid au mois de juin dernier, nous avons rencontré Antonio Aguilella Asensi, le responsable de StreetLib Espagne. Fondée en 2006, la plateforme italienne d’autoédition se lance aujourd’hui à l’international et devrait bientôt être disponible en France.

LN : Pouvez-nous vous expliquer comment tout a commencé ? N’est-il pas un peu tard pour lancer une nouvelle plateforme d’autoédition ?

A. A. A. : Le lancement de StreetLib en Espagne et en Amérique du Sud fait partie d’un effort plus large de globalisation de la part de StreetLib. En fait, nous venions à peine de nous implanter ici, en Espagne, que StreetLib Inde voyait déjà le jour ; et le mois passé, deux nouveaux responsables nous ont rejoints pour développer StreetLib en Afrique du Sud et de l’Est ainsi qu’en France. Au sein de notre équipe, nous avons maintenant quelqu’un qui s’occupe spécifiquement de ces développements à l’international : Anne-Catherine de Fombelle, notre CGO, est en effet responsable du développement international.

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Voilà pour le contexte général, mais il y a bien sûr une histoire propre à la section Espagne et Amérique du Sud. En juin 2017, Ana Córdoba et moi-même présentions un projet à propos de la lecture sociale dans le cadre du précédent Readmagine, et notre intervention a retenu l’attention d’Antonio Tombolini, le PDG de Streetlib, qui se trouvait justement dans le public. Nous avons discuté avec lui après notre présentation et nous nous sommes rendu compte que nous partagions la même vision quant aux développements de l’industrie du livre à privilégier dans les prochaines années. Nous nous sommes donc mis d’accord pour discuter ensemble d’une future collaboration. Après plusieurs mois, ces discussions ont fini par se transformer en une offre concrète : étendre l’activité de Streetlib aux pays hispanophones. Nous ne pouvions pas refuser une telle proposition.

Pour répondre à votre deuxième question : la principale raison qui nous a poussés à accepter ce défi, c’est justement que Streetlib n’est pas une énième plateforme d’autoédition. Nous avons pour principal objectif de sauver le livre d’un modèle commercial obsolète qui pousse les éditeurs traditionnels à ne prendre aucun risque pour ne pas disparaître, ce qui les empêche de se tourner pleinement vers la technologie et toutes les améliorations qu’elle peut offrir au monde de l’édition. Pour nous, il est primordial que les lecteurs des quatre coins du monde aient accès aux choix de lecture les plus variés, mais ce n’est possible qu’à la condition que les auteurs comme les éditeurs aient les moyens de diffuser leur travail. Et c’est là que nous intervenons. Nous fournissons une palette d’outils complète grâce auxquels les utilisateurs peuvent mener absolument n’importe quelle tâche liée au livre.

Avec l’outil Write, ils peuvent créer des ebooks en bonne et due forme, ou des épreuves destinées à l’impression ; avec Publish, ils ont la possibilité de les distribuer dans plus de 200 librairies à travers le monde ; avec Print, ils peuvent commander des exemplaires papier de ces ouvrages ; avec Sell, nous leur offrons l’opportunité de devenir des libraires à part entière, grâce à nos librairies en ligne sur lesquelles ils peuvent non seulement vendre leurs propres livres, mais aussi ceux qu’ils auront sélectionnés dans nos catalogues, et ainsi recevoir un pourcentage de la vente ; avec notre Market, ils peuvent dénicher les professionnels de l’édition dont ils ont besoin pour produire et promouvoir des livres de qualité ; et enfin, grâce à Connect, ils ont accès à plusieurs forums pour rencontrer les autres membres de notre communauté, lancer de nouveaux projets, demander conseil ou partager les expériences qu’ils ont vécues sur notre plateforme.

À tous ces services, il faut ajouter un outil de gestion sur mesure, muni d’un instrument d’analyse particulièrement efficace pour suivre les ventes de livres à travers le monde. Cet outil comporte également des interfaces réservées à la facturation, aux méthodes de paiement et autres tâches administratives.

Tous ces outils peuvent être utilisés indépendamment les uns des autres ou comme solution tout-en-un, que ce soit par les auteurs indépendants ou les éditeurs. C’est la raison pour laquelle nous estimons que StreetLib transcende la notion classique de « plateforme d’autoédition » : il représente l’outil parfait pour le monde de l’édition du 21e siècle.

Quels sont vos objectifs pour les trois prochaines années ?

Le principal objectif de Streetlib, c’est de s’étendre à l’international, afin de diffuser cette nouvelle manière de penser l’édition aux quatre coins du monde ; nous sommes déjà en bon chemin. Dans le cadre de cette expansion, nous pensons qu’il y a encore beaucoup de travail à faire en Espagne pour modifier les vieilles habitudes et s’ouvrir aux innovations ; en ce qui concerne les pays d’Amérique du Sud, ils évoluent à un rythme incroyable, selon leurs propres réalités et particularités. Ils ont la volonté de surmonter les obstacles de l’édition traditionnelle et sont en demande de solutions, telles que celles que nous leur proposons et qui pourront les aider à montrer au monde tout ce qu’ils ont à offrir. Notre priorité, c’est de nous rendre disponibles pour eux.

Quel est votre modèle commercial et quelle valeur ajoutée offrez-vous à vos clients ?

La volonté que nous avons de démocratiser les contenus et de les laisser librement circuler est totalement incompatible avec une politique de coûts de départ, de frais de maintenance, de limitation de contrat ou quelle qu’autre restriction. Puisque nous faisons tout notre possible pour que nos utilisateurs réussissent dans leur aventure, il nous semble juste de lier notre réussite à la leur. C’est pourquoi notre modèle commercial repose exclusivement sur le prélèvement d’un pourcentage des transactions générées sur notre plateforme : nous prenons 10 % du prix catalogue de chacun des exemplaires vendus, 15 % sur les transactions réalisées dans les boutiques en ligne créées pour nos utilisateurs, et 10 % sur les transactions réalisées sur le marché destiné aux professionnels de l’édition. C’est aussi simple que cela !

Quels clients ciblez-vous et qu’attendez-vous d’eux ?

Pour répondre de manière générale, je dirais « le monde du livre », puisque notre plateforme propose des outils pour chacun des acteurs de ce secteur. Mais si je devais être plus spécifique, je dirais que les auteurs indépendants et les petits et moyens éditeurs constituent notre cœur de cible, car ils sont les véritables acteurs potentiels du changement dans cette industrie (et ils commencent déjà à faire la différence). Nous voulons leur faire prendre conscience de leur capacité à diffuser leurs contenus d’une manière totalement nouvelle. Et nous voulons qu’ils sachent que nous sommes là pour les y aider.

Entretien réalisé par Thibault Léonard et traduit de l’anglais par Élisabeth Mol.

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— Rédaction

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