Russie : des ventes d’ebooks et d’audiobooks en nette augmentation

Nous évoquions déjà dans un de nos précédents articles l’état du livre numérique sur le marché russe : les ebooks émergeaient alors doucement, et représentaient à l’époque 1 % du marché du livre national ; un chiffre en apparence modeste qui avait pourtant doublé entre 2012 et 2014. Selon Rospechat, l’agence fédérale russe de la presse et des communications de masse, cette part atteint aujourd’hui 6 % : une croissance qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, tandis que l’audiobook débarque à son tour et suscite un véritable engouement au pays des Tsars. Analyse.  

Alors que le marché de l’édition numérique en Europe connaît actuellement une période de maturité faisant suite à une phase d’expansion (relire notre article à ce sujet), il semblerait que la Russie échappe au phénomène et que le livre numérique y entre progressivement dans son âge d’or, puisque LitRes, le principal distributeur d’ebooks dans le pays (60 % du marché du livre numérique), a annoncé une croissance de 47 % de ses ventes d’ebooks pour la première moitié de l’année 2018. Signe de ce succès, les ventes de science-fiction sont désormais plus importantes au format ebook qu’au format imprimé. À noter également que cette croissance du marché de l’ebook concerne aussi les livres autopubliés, dont les ventes ont été multipliées par 18 au cours des dix derniers mois.

Les raisons d’une expansion

Comment expliquer ces très bons chiffres, alors que le marché de l’édition numérique russe est aussi ancien que le marché européen ? Par l’enthousiasme grandissant des consommateurs russes pour les applications mobiles. En effet, les ventes d’ebooks via ce canal ont quasiment été multipliées par trois dans les derniers mois. Selon Bordis Marakenko, PDF de Storytel Russie (distributeur de livres audio et numériques) interviewé par Publishing Perspectives, il faut aussi tenir compte de la configuration géographique du pays : beaucoup de villes isolées n’ayant pas accès aux ouvrages imprimés, les lecteurs se tournent donc vers une offre numérique pour satisfaire leurs besoins. De même, le modèle commercial privilégié par les différentes plateformes, sous forme d’abonnement mensuel, est gagnant pour le consommateur qui dépense moins qu’en acquérant des titres à l’unité. MyBook, service d’ebooks lancé par LitRes, a ainsi enregistré une croissance de 85 % pour les six premiers mois de l’année ! Autre facteur : les coûts d’impression des livres papier ont nettement augmenté depuis deux ans, en raison de l’augmentation du prix des matières premières.

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Capture d’écran du site Litres

Un engouement croissant pour l’audiobook

Si l’ebook grignote peu à peu du terrain, l’audiobook connaît lui aussi une croissance impressionnante depuis l’implantation de Storytel : selon les statistiques fournies par l’Union des éditeurs russes, l’abonné à un tel service lisait en moyenne 0,7 audiobooks par mois au début de l’année, contre 1,5 aujourd’hui. Si les audiobooks sont particulièrement appréciés, c’est parce qu’ils permettraient de pratiquer une autre activité en parallèle. Implantée depuis 2017 avec un catalogue de 2 000 titres, la plateforme Storytel, qui fonctionne aussi bien en streaming que via téléchargements, a annoncé vouloir doubler ce chiffre d’ici la fin de l’année.

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Capture d’écran du site Storytel

Le piratage galopant, un frein à la croissance du marché

La croissance du marché des ebooks est cependant freinée par les phénomènes de piratage, malheureusement très fréquents sur les plateformes russes. En effet, malgré le prix peu élevé des ebooks et des abonnements (450 roubles par mois pour Storytel, soit 6 euros), le téléchargement illégal reste encore très largement privilégié par les consommateurs russes, qui ne sont pas forcément conscients du caractère illicite de leur démarche. Il y a quelques années, à l’arrivée du livre numérique sur le marché, ce taux record de téléchargement illégal s’expliquait notamment par le fait que l’offre illégale surpassait largement l’offre légale, avec 100 000 titres disponibles contre seulement 60 000. Aujourd’hui, si l’offre légale croît régulièrement et qu’une « loi antipiraterie » est entrée en application en 2013, permettant de bloquer des sites internet à la demande des ayants droit, les pirates parviennent encore à contourner les blocages et partager leurs techniques sur internet. Selon certains éditeurs russes, un contrôle accru de ces piratages permettrait pourtant de doubler leurs ventes.

Source : Publishing Perspectives

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— Rédaction

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