Compte-rendu des 7e rencontres de l’édition et du numérique

Le 16 mai dernier se tenaient à la Plaine Images de Tourcoing les 7e rencontres de l’édition et du numérique autour du thème « Communautés en ligne : de nouveaux leviers pour le livre ». Lettres Numériques vous livre le compte-rendu de cette journée de tables rondes et de workshops.

Organisées par le PILEn, la Plaine-Images, l’Association des éditeurs Hauts-de-France et l’AR2L Hauts-de-France, les 7e rencontres de l’édition et du numérique avaient pour vocation de répondre aux questions auxquelles les professionnels du livre sont confrontés aujourd’hui, à l’heure où la présence sur Internet est devenue incontournable et où les communautés en ligne se développent dans tous les domaines. Quelles sont les communautés autour du livre sur les réseaux ? Comment fonctionnent-elles ? Comment les gérer en tant que professionnels ? Quelles relations entretenir avec elles ?

Communautés en ligne : dans quel but ?

Une communauté en ligne est un regroupement de personnes qui communiquent sur Internet. Dans le secteur de l’édition de livres, il s’agit principalement de communautés de lecteurs.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les communautés de lecteurs ne sont pas mobilisées uniquement pour parler de leurs lectures. Elles peuvent endosser bien d’autres rôles, par exemple :

  • contribuer à la circulation des livres (Bookcrossing) ;
  • financer la création de projets (KissKiss BankBank, Ulule, Proarti, etc.) ;
  • produire et/ou sélectionner des manuscrits (Wattpad, Lulu, KDP, Read&Rate, etc.) ;
  • mettre en commun et construire des connaissances (Wikisource) ;
  • et, enfin, parler des livres (Babelio, booktube, et les réseaux sociaux – Facebook, Instagram).

Ainsi, des modèles innovants permettant de valoriser le rôle de ces communautés ont vu le jour ces dernières années, mobilisant les lecteurs en ligne à différents stades de la chaîne du livre, que ce soit pour construire le contenu, le sélectionner, le commenter ou même le financer.

Liens de la communauté avec les acteurs du monde du livre

  • Avec l’éditeur

Parmi toutes les fonctions qui peuvent lui être attribuées, c’est lorsqu’elle parle de ses lectures que la communauté intéresse le plus l’éditeur, car cela fait la promotion de ses livres dans le même temps.

Au départ, les critiques en ligne se revendiquaient plus subjectives que les critiques traditionnelles. Internet représentait un lieu de liberté, permettant de donner un avis plus juste au public. Depuis plusieurs années, des chroniqueurs en ligne, des blogueurs, puis des booktubeurs et plus récemment encore des bookstagrammeurs se sont lancés dans la critique de livres. Le plus souvent, ils reproduisent la traditionnelle fiche de lecture constituée d’un résumé du livre et d’un avis sur les différentes composantes de l’histoire (l’intrigue, les personnages, le style, etc.). Ce n’est donc pas au niveau de la forme que vient la nouveauté par rapport à la critique traditionnelle, mais bien du média : Internet.

Cependant, le phénomène de professionnalisation de ces critiques en ligne est désormais bien présent. De plus en plus d’éditeurs nouent des partenariats avec des influenceurs afin qu’ils parlent de leurs livres. Ils deviennent alors des prestataires des maisons d’édition qui font la promotion des livres.

Être booktubeur, c’est aujourd’hui un métier à part entière, qui est donc rentable. Même si critique et promotion s’entremêlent sur Internet, Bulledop, booktubeuse invitée, a insisté : le but des booktubeurs reste de produire des contenus pour leur propre communauté, donc d’émettre un avis objectif afin de conserver la confiance de la communauté qu’ils animent et pour laquelle ils travaillent.

  • Avec l’auteur

En ce qui concerne l’auteur, son lien avec la communauté en ligne est également très important. Entretenir le dialogue avec ses lecteurs et mettre en scène son quotidien sur les réseaux sociaux sont des pratiques d’autopromotion qui permettent réellement de renforcer l’attention de l’audience des auteurs connus et d’accéder à une visibilité pour les autres.

Marie Spénale, illustratrice et auteure de BD, l’a confirmé. Cela lui prend du temps et de l’énergie, mais ses lecteurs apprécient quand elle leur dévoile des bouts de son quotidien d’illustratrice sur les réseaux ou sur sa chaîne YouTube. Ils apprécient de nouer une relation personnalisée avec l’auteure. Ils réagissent également très rapidement sur les réseaux afin de commenter son travail lorsqu’elle le publie, voire donnent leur avis sur le développement de ses personnages.

Cette réactivité et cette proximité permettent de bénéficier d’un feedback direct des lecteurs et d’adapter son travail en conséquence, mais cela peut aussi être agressif vis-à-vis du travail de l’artiste. Le tout est de trouver un juste un milieu.

  • Avec le libraire et le bibliothécaire

Comme pour l’auteur, la mise en scène de son quotidien sur les réseaux est un élément central du lien des libraires et des bibliothécaires avec la communauté en ligne. Marie-Odile Breynaert, co-fondatrice de la librairie Autour des mots à Roubaix, insiste sur le temps qu’il faut consacrer aux réseaux sociaux pour que les efforts portent leurs fruits. Ce qui compte, c’est la régularité : poster plusieurs contenus par jour, et répondre le plus souvent possible aux messages, même le dimanche.

Pour les bibliothèques, c’est aussi une façon de mettre un visage humain sur une institution désincarnée. Une relation de proximité peut s’établir plus facilement entre le public et l’institution grâce à une communication de « personne ». Celle-ci induit des pratiques professionnelles plus autonomes, puisque chaque personne de l’équipe peut s’y impliquer, sous réserve d’une bonne organisation.

Comme l’a souligné Emmanuelle Kalfa, directrice de l’Odyssée, la médiathèque de Lomme, utiliser une mascotte sous forme d’animal ou de personnage dessiné permet aussi de mettre en scène de façon amusante l’institution dans plusieurs endroits et situations. De plus, les gens s’y attachent.

Des lecteurs connectés

Aujourd’hui, les lecteurs ne sont plus que des simples lecteurs : ce sont, pour la plupart, des lecteurs connectés, et c’est une réalité qu’il ne faut pas négliger. Les communautés en ligne peuvent jouer un rôle important dans leur lien avec les différents acteurs du monde du livre, pour peu que l’on entretienne ces relations, car cela prend du temps et de l’énergie.

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— Rédaction

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